Quel avenir pour l’Europe ?
 BREXIT

Quel avenir pour l’Europe ?

Pierre Haroche, normalien et enseignant au département d’études européennes de King’s Collège, nous donne sur l’Europe des perspectives historiques et politiques. Entre stratégies de défense, avenir incertain et exigences citoyennes, il est, contre toute attente, optimiste.

 

Vous enseignez au département d’études européennes. Comment le Brexit a été ressenti ?

Beaucoup d’étudiants sont pro-européens, et se demandent s’il est toujours pertinent de venir à Londres. Les professeurs aussi sont touchés : dans mon département, on trouve 3 Anglais pour 30 Européens.

 

On pourrait penser qu’au pôle des études européennes, les professeurs sont, eux aussi, pro-européens ?

Nous travaillons sur les politiques en Europe, pas spécifiquement sur l’Union Européenne. Il y a donc des pro-européens et, au contraire, un pôle critique envers le capitalisme et l’ordre international. Certains ont voté en faveur du Brexit et contre le néo-libéralisme de l’UE.

 

Au niveau du continent européen, comment le Brexit influence les perspectives ?  

Le Royaume-Uni est, avec la France, une des principales armées européennes. Même si sa participation était devenue minimaliste, quid d’une défense européenne sans lui ? Aura-t-on une coopération militaire au cas par cas, comme avec la Géorgie ou la Serbie ?

 

Et sur les autres questions de coopération militaire ?  

Le Brexit peut avoir pour effet un réveil en faveur d’une coopération plus poussée. Entre une Russie autocratique et une Amérique ploutocratique, les Européens devraient saisir l’occasion de bâtir leur défense. Paradoxalement, la position de l’Europe est plus inquiétante qu’à l’époque de la Guerre froide. Les gouvernements russe et américain ne soutiennent plus que l'extrême-droite européenne. On l’a vu avec les accointances de Trump et Farage, ou le fait que le FN ait bénéficié en 2014 d’un prêt de 9 millions d’euros auprès d’une banque proche du Kremlin.

 

Si Marine Le Pen était élue aux prochaines élections, comment pourraient se passer les négociations du Brexit ?

Marine Le Pen cherchera à tout renégocier, et si ce n’est pas possible, elle proposera, elle aussi, une sortie.

 

Est-ce la fin du consensus européen ?

Rester sans rien faire n'amènera que de nouveaux Brexit. Pour préserver l’acquis actuel, on est obligé d’avancer vers des réformes ambitieuses.

 

Il faudrait reprendre confiance dans l’Europe, au moment même où elle est mise à mal ?

Les démocraties européennes sont déstabilisées, c’est certain. Mais c’est aussi un défi historique sans précédent pour enfin bâtir une défense européenne unie et indépendante.

 

Est-ce possible compte tenu de l’hostilité des citoyens par rapport aux institutions ?

L’UE représente mieux les gouvernements que ses citoyens. Les élus sont choisis lors de campagnes nationales mais lorsqu’ils arrivent au niveau européen, ils sont déconnectés du citoyen. Pour rendre le pouvoir au citoyen, il faudrait qu’il puisse élire directement le président de la Commission européenne.

 

Une élection directe du Président de la Commission européenne, n’est-ce pas totalement utopique ?

Cela serait radical. Et rendrait aux citoyens européens l’équivalent du pouvoir qu’ils exercent au niveau national. Les élites y verraient leurs prérogatives diminuées. Une solution intermédiaire serait de continuer à faire élire le président de la Commission par le Parlement européen, mais les candidats seraient désignés par des primaires ouvertes, proches des citoyens. L’UE ne serait plus l’ennemie des peuples, mais leur tremplin.

 

 

Entretien réalisé par Sidonie Gaucher (Twitter : @IciSidonie)

Plus d'informations:  www.pierreharoche.com  Twitter : @PierreHaroche

 

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