Laurent Barat : « Je déteste vieillir. Au lieu d’en faire une dépression, j’en ai fait un spectacle »
 INTERVIEW

Laurent Barat : « Je déteste vieillir. Au lieu d’en faire une dépression, j’en ai fait un spectacle »

Laurent Barat a creusé son sillon et s’est fait un nom dans le monde très fermé des humoristes français. Son mentor, Gad Elmaleh, lui a donné envie de venir tester la scène à Londres. Il viendra présenter son one-man-show "Laurent Barat a (presque grandi" lors du French Fest de Live at Zédel en mars prochain. Rencontre avec un trentenaire, qui aime l’humour "gentil".

Qui êtes-vous, Laurent Barat ?

Je suis Niçois. J’ai commencé l’humour en 2011. Avant je travaillais à l’aéroport de Nice dans les bureaux, et parallèlement je faisais du théâtre d’entreprise.

Vous êtes passé d’une vie de bureau à celle d’humoriste. Comment ?

J’ai été repéré par une comédienne, « Mado la Niçoise », qui m’a demandé de venir jouer dans son café-théâtre. Au début, j’ai refusé, car je ne voulais pas monter sur scène tout seul. Finalement, je me suis laissé convaincre. Ce que je faisais lui a plu, donc elle m’a proposé la première partie de ses spectacles. Ensuite j’ai été repéré par les Chevaliers du Fiel, puis j’ai été produit par la société Directo Productions et, enfin, en 2014, Gad Elmaleh, qui avait entendu parler de moi, m’a demandé de faire ses premières parties.

Ah oui ? Incroyable !

Je suis resté un an à ses côtés et je faisais des allers-retours entre la tournée et Nice. Puis, j’ai démissionné de l’aéroport, j’ai quitté ma ville pour m’installer à Paris, où j’ai joué au Palais des Glaces pendant quatre mois.

Parallèlement, vous continuiez à travailler ?

Oui, j’étais employé de bureau  et je jouais essentiellement dans le Sud. A partir du moment où Gad Elmaleh a commencé à s’intéresser à moi, j’ai multiplié les dates notamment à l’Olympia et dans tous les Zenith de France. Au niveau du planning avec mon travail, ce n’était plus possible. J’ai donc démissionné après 10 ans de travail. Depuis deux ans donc, je vis à Paris.

Tout est allé très vite finalement…

Les deux dernières années ont été très surprenantes, car de 2011 à 2014, j’étais dans mon petit train-train : je travaillais et j’avais quelques dates de spectacles, mais essentiellement dans le Sud, donc je n’avais aucun changement relatif de vie, si ce n’est que je faisais du théâtre à un niveau semi-professionnel. C’est en 2014 que tout a été bouleversé, car j’ai quitté mon emploi, j’ai quitté ma ville, pour m’installer dans une autre, une que je ne connaissais pas. Quand j’ai été mis en scène par Pascal Légitimus, ma vie a réellement changé.

Et comment on garde la tête sur les épaules ?

Je sais d’où je viens et je sais que c’est un métier où il faut énormément de patience et de lucidité. Donc je ne me prends absolument pas pour un autre, je suis très serein par rapport à ça.

Comment définir votre humour ?

C’est un humour très accessible. Actuellement, il y a une grande mode de l’humour noir à Paris. Moi, j’ai pris le contre-pied de tout ça, je fais de l’humour "gentil". J’ai un modèle assez charismatique, Gad Elmaleh. Il a un humour très accessible, il est très peu dans la politique, un peu moins dans la religion aussi. C’est un humour dans lequel tout le monde se reconnaît et moi aussi d’ailleurs. Je fais passer des messages très essentiellement sur le temps qui passe et ses ravages sur le corps et l’esprit.

Vous avez peur de vieillir ?

Je déteste vieillir, alors au lieu d’en faire une dépression, j’en ai fait un spectacle. Dans mon spectacle, je crois que beaucoup de gens vont se reconnaître.

Cet humour "gentil", c’est aussi un peu vous, non ?

Rien n’est calculé. Avec mon producteur, on se demandait d’ailleurs si on était trop gentil et pas assez méchant. On s’est dit : faut-il ajouter plus d’humour noir ? On a décidé plutôt que de changer de l’exploiter encore plus et de rester dans ce que je sais faire. D’ailleurs, le plus joli compliment que le public m’a déjà fait et que j’aime entendre est qu’il a eu l’impression d’avoir passé 1h15 avec un pote. C’est significatif de ce que je veux donner aux gens.

Est-ce que ces deux dernières années, vous avez eu le sentiment d’avoir grandi ?

Oui dans la tête, et puis artistiquement, j’ai beaucoup évolué, et notamment grâce à Pascal Légitimus. En revanche, sur le plan personnel, rien n’a changé. Je ne suis toujours pas papa, je ne suis pas marié. Et ça, c’est assez inquiétant, car le temps passe et j’ai très envie de fonder une famille.

Vous allez venir jouer à Londres, vous connaissez un peu la ville ?

J’adore. J’y suis allé quelques fois dans ma vie. La première quand j’étais au collège, j’avais 12 ans. Cela s’était très mal passé, car j’étais tombé dans une famille de punk. J’y suis allé ensuite avec mon ex-copine. Mais jamais je n’aurais pensé un jour venir jouer ici.

Qu’aimez-vous dans cette ville ?

J’aime la culture anglaise. Le côté austère. J’ai toujours été fasciné par ce légendaire brouillard. Il y a aussi mon meilleur ami qui vit en Angleterre. Il s’appelle Jérémy Pied, il est footballeur professionnel et joue Premier League à Southampton. On a la même passion pour ce pays.

Vous allez en profiter pour jouer le touriste ?

Comptez sur moi ! Prévenez toutes les boutiques de fringues et de supporters de football que j’arrive. Mon banquier, lui, a déjà été averti !  

Après cette première à Londres, vous auriez envie de revenir jouer que sur votre nom ?

J’adorerais. C’est déjà énorme et exceptionnel de pouvoir jouer mon spectacle en entier là-bas. J’ai déjà des copains humoristes qui sont venus et ils m’ont vraiment donné envie.

Entretien réalisé par Leila Lamnaouer

Mercredi 08/03 à 21h, French Fest, Live at Zédel, 20 Sherwood St, Soho, W1F 7ED, métro: Piccadilly Circus

£15

www.brasseriezedel.com

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