Livre : Qu’il emporte mon secret

Livre : Qu’il emporte mon secret

le 27.01.17

Un conseil : résistez à la tentation d’une recherche Google « Sylvie Le Bihan », remettez à plus tard la lecture des articles parus la semaine dernière (Libération, Paris Match, Elle…). Moins vous en saurez sur la vie de l’auteure, plus vous serez à même de vous laisser embarquer par son troisième livre. Laissez de côté le bruit médiatique, seules importent les qualités littéraires de ce nouveau roman. 

Nuit d’insomnie dans une chambre d’hôtel : la narratrice, Hélène, est appelée à comparaître au procès d’un homme qu’elle a croisé deux fois. Le 14 juillet 1984, à Digne-les-Bains, nuit de l’« accident » (c’est elle qui met des guillemets), et le 29 octobre 2015, dans la prison de Nantes où elle animait un atelier d’écriture. Elle est en effet romancière à succès : « Je fais le tapin en écrivant des romans d’amour sur fond de société ». Pour occuper ces heures sans sommeil, elle commence une lettre à son jeune amant, Léo, auteur lui aussi. Ils se sont rencontrés trois mois avant dans un salon littéraire. Deux narrations s’entrecroisent alors : dans sa longue lettre, Hélène revient sur leur lien, leur unique nuit, et raconte la jeune fille qu’elle fut, la femme qu’elle est devenue, et celle qu’elle aurait pu être. Elle s’interrompt pour tenir le journal des deux jours qu’elle passe à Grenoble, longue litanie des heures d’insomnie – 3 h 30 du matin, 6 h 30 du matin, 9 heures… Passé et présent se mêlent, nuit d’amour et nuit de l’« accident », dans une construction serrée qui tient le lecteur sous tension.

Sylvie Le Bihan utilise avec brio les chausse-trapes du roman policier, instaurant un vrai suspense tout en livrant le portrait intime d’une femme qui a toute sa vie tenu l’amour à distance et qui se trouve brutalement rattrapée par un passé cadenassé dans une zone tampon, au fond de sa mémoire.

Qu’il emporte mon secret est aussi un roman sur le poids des mots qui n’ont pas été dits, la chape de silence posée sur une vie. Au fil de la lettre qu’elle écrit à Léo, Hélène se débarrasse de son personnage d’écrivain cynique pour faire une place à la femme « parallèle », celle qui l’accompagnait dans l’ombre pendant toutes ces années. Sa mémoire ne sera plus « un champ de bataille » et sans pathos ni apitoiement, la vérité sera mise au jour, grâce au pouvoir libérateur de la littérature.

 

Qu’il emporte mon secret, Sylvie Le Bihan, Seuil

Sylvie Le Bihan sera à la librairie La Page samedi 25 février à partir de 15 heures.

7 Harrington Rd, Kensington, London SW7 3ES

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