CATHERINE FROT : LA CANTATRICE FAUVE

CATHERINE FROT : LA CANTATRICE FAUVE

le 14.04.16

Comment avez-vous préparé ce rôle ?

J’ai lu “Les Tragédiennes de l’opéra”. Les photos de ce livre renvoient aux visions de Marguerite en diva, à ses rêves de cantatrice. J’ai également pris des cours de chant et appris les airs par cœur, comme par exemple “La Reine de la Nuit”, de Mozart.

Vous les avez appris en chantant faux ?

Au début, je pensais que je pourrais tout simplement les chanter faux, mais ils montent tellement haut qu’il faut être vraiment colorature, c’est-à-dire chanter très aigu, pour y arriver et j’ai failli me casser la voix. J’ai donc été doublée dans les scènes de chant et il a fallu que je fasse des play-back parfaits. Cela restait quand même un travail de chant qui m’a permis de laisser Marguerite m’investir progressivement de l’intérieur.

Qu’est-ce qui est le plus difficile : chanter juste ou chanter faux ?

Le plus difficile est surtout de bien chanter faux, de trouver ce qu’il y de beau dans le faux. À la sortie du concert privé, au début du film, on dit qu’”elle chante divinement faux, sublimement faux, sauvagement faux”. J’ai d’ailleurs été invitée en studio pour apprécier la qualité de la fausseté du chant de la cantatrice qui me double dans le film !

Marguerite se définit aussi par ses costumes, ses décors d’opéra… Est-ce que cela aide à entrer dans le personnage ?

La première séance d’essayage a été déterminante. Le ton était donné, le monde de Marguerite prenait véritablement forme. Mais il fallait trouver les robes dans lesquelles je me sente bien et qui correspondent au personnage. J’avais l’impression d’être dans un rêve, celui de Marguerite qui se transforme en diva de tous les opéras réunis. C’était aussi un excellent moyen d’entrer dans le rôle, dans le monde d’illusion du personnage.

On a l’impression que Marguerite se rêve elle-même…

Oui, c’est un film sur l’illusion. Il y a une réplique qui je trouve résume bien ça : “la vie, soit on la rêve soit on l’accomplit.”

Mais elle est surtout une femme seule, délaissée par son mari.

La musique est une passion sincère mais aussi un palliatif à son vide affectif. Son mari parle d’elle comme d’un monstre. “Pourquoi a-t-elle besoin de beugler comme ça ?” demande-t-il à sa maîtresse. Il avoue même qu’il a honte d’elle. Et pourtant Marguerite fait tout ça pour lui. Elle veut qu’il la regarde, elle veut exister à ses yeux. Marguerite est une femme innocente, une oie blanche prête à être dévorée par les cyniques, et en cela elle est aussi confondante. Elle renvoie les gens qui la côtoient à leurs propres mensonges. Il y a ceux qui veulent se moquer, ceux qui souhaitent profiter d’elle, et au final ce sont eux qui sont touchés, émus. Ils finissent tous par croire qu’elle peut y arriver jusqu’à ce que la réalité les rattrape le soir du concert.

Le film entier semble jouer sur les paradoxes…

Xavier est un des rares cinéastes qui sache manier les paradoxes avec autant de talent. Son film est drôle et tragique à l’image du personnage principal : Marguerite est à la fois seule et très entourée, amoureuse et trompée, triste et débordante de vie, touchante alors qu’elle peut prêter aux moqueries. Est-elle si innocente qu’elle en a l’air ? Les autres sont-ils aussi cyniques qu’ils le laissent paraître ? Ce sont ces ambiguïtés qui font la force du film.

 

Sidonie Gaucher


Que vous inspire Londres ?

J’y viens régulièrement car ma fille qui y fait ses études et j’adore ça ! C’est comme si j’avais un petit bout de vie là-bas. Et je suis fan de David Hockney.

Comment prenez-vous votre thé ?

Avec un nuage de lait, comme ma grand-mère qui n’a jamais été anglaise.

Un mot pour vos fans de Londres ?

Where there is love, there is life.

 

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