La Vache : “J’ai voulu montrer la France telle que j’ai envie de la voir.”

La Vache : “J’ai voulu montrer la France telle que j’ai envie de la voir.”

le 23.09.16

Mohamed Hamidi, qu’est-ce qui vous a inspiré pour ce film ?

C’est une histoire londonienne qui m’a inspiré “Le One Pound Fish”, un poissonnier filmé par un touriste américain qui est devenu chanteur. J’ai trouvé rigolo le fait qu’un mec tout seul fasse le buzz juste parce qu’il a été filmé.

 

Avez-vous voulu raconter un conte ?

Oui, cela tient plus de l’ordre du conte. Mais c’est aussi un parti pris : on met ce que l’on veut devant sa caméra et moi, j’ai décidé de mettre cette France-là.

Quel est le rapport aux médias dans le film?

Quand on regarde le JT, on regarde une réalité choisie et moi, j’ai eu envie de contrebalancer les images négatives qu’on nous impose.

 

Le film connaît le même succès que l’histoire, vous vous y attendiez ?

On a fait 1,3 millions d’entrées et le film marche aussi très bien à l’étranger. Les gens me disent que c’est un film qui “fait du bien”. Notre quotidien tourne suffisamment autour de la tragédie, et je trouve que la comédie est largement aussi noble.

 

Vous évitez gracieusement pas mal de thématiques quand même : les agriculteurs en colère mais pas trop, tous les gens sont bienveillants, dans votre campagne francaise pas un seul électeur FN…

Figurez-vous que nous avons tourné une scène avec un raciste mais nous avons décidé de ne pas la monter car elle était devenue caricaturale dans le film. En plus, c’était une scène drôle !

 

Si votre héros algérien avait été Syrien, cela aurait aussi bien fonctionné ?

Non. Pas du tout. Cela fonctionne car c’est sa personnalité. Et peut-être aussi car l’Algérie et la France sont très proches, malgré leur histoire commune difficile.

 

Votre France est idéalisée, mais votre Algérie aussi, non ?

Fatah, symbolise un peu la génération de mon père qui, jusque dans les années 1980, est très tournée vers la France, qui parle francais, qui aime la France. La nouvelle génération, c’est différent. Leur politisation est plus tournée vers les pays arabes.

 

Quelle est votre posture politique avec ce film ?

L'apaisement. Cela ne m’intéresse pas de ruer dans les brancards.

 

Est-ce la France telle qu’elle pourrait être, telle qu’elle a été ou telle qu’elle ne sera jamais ?

C’est la France telle que je la vois. Je vois des choses encourageantes. Les Français ont eu un sang-froid et une compréhension énormes. Même si Marine Le Pen fait 30%, il reste 70% qui essaie de comprendre. Je ne veux pas céder au jeu de la médiatisation, et on tient pour vrai ce qu’on nous montre le plus.

 

Vous qui avez créé Bondy Blog, vous en connaissez un rayon question diversité. Votre proposition est surprenante quand même.

Oui, mais prenez Divines, le film d’Uda Benyamina qui a eu la Caméra d’Or à Cannes. J’adore ce film, mais c’est l’opposé de La Vache : c’est dur, il y a du trafic de drogues, islamisme, prison, bagarres, caillassage. Ce sont des situations que je connais bien, j’ai écrit là-dessus en 2005 lors des émeutes. Je n’ai pas envie de ca.

 

D’où vous vient cette vision idéale de la France et la diversité ?

Certainement de mon parcours : j’ai été prof en banlieue, journaliste, responsable d’asso anti-racisme et en faveur de l’intégration. J’ai compris une chose : un film comme La Vache fait plus de bien que toutes les théories et toutes les discussions. Quand je vois des petites vieilles en Bretagne qui embrassent Fatza (l’acteur principal) en lui disant : “on voudrait quelqu’un comme vous chez nous”, je le prends comme une victoire.

 

Propos recueillis par Sidonie Gaucher

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