LOU DOILLON : L’éclat de nature
 INTERVIEW

LOU DOILLON : L’éclat de nature

 

Comment est né cet album après le succès du premier ?

Ce fut merveilleux de travailler sous le patronage d’Étienne Daho mais je devais m’émanciper et porter beaucoup plus de casquettes ! Il y avait une attente après la Victoire de la musique, et cela me faisait flipper. Je me suis mise à nu et même à l’envers pour Lay Low. Mais comment poser un visuel sur cet inconscient ?

Justement, pourquoi avez-vous choisi cette photo, loin des clichés-mode des chanteuses folk ?

J’ai montré le selfie qui a servi à faire la pochette de l’album, mon préféré, à des amis photographes, dont Mondino, qui m’ont dit : “Personne n’osera, c’est super.” Évidemment, ma maison de disque n’était pas du même avis, mais c’était la suite logique de Places et j’avais l’instinct. On dirait une sortie de rêve, l’abandon total sans maquillage, sans coiffure.

Ce naturel s’entend avec des thèmes personnels graves. Cet album est-il le reflet d’un contexte familial particulièrement médiatisé ?

La notion d’intimité ne m’intéresse pas beaucoup. Notre société de consommation appuie sur nos névroses et nos complexes, la mission d’un artiste c’est de les accepter voire de les revendiquer. L’abandon sans se soucier du regard des autres, c’est ça lesrock stars ! Je veux voir les gens et leur faire du bien. Car si on nomme les fantômes, ils s’en vont.

Cette acceptation s’entend avec une évolution vocale entre vos deux opus. Qu’en dites-vous ?

À la base, j’avais une voix très grave. À force de vouloir plaire, je partais vers les aigus et j’ai dû perdre ma nature. La musique m’y ramenait et me sortait des attentes françaises, voilà pourquoi je chante en anglais ! Tout cela est très inconscient. Les gens se rendent bien compte que j’ai une voix bizarre et se demandent si je vais réussir à tenir le fil pendant 1h30. (Rires.)

Cette évolution a-t-elle un rapport avec votre collaboration avec le chanteur canadien et co-producteur Taylor Kirk des Timber Timbre ?

J’avais besoin de sortir de mon pays et de me confronter au... nouveau. Je venais d’un vieux pays un peu sclérosé alors qu’en Angleterre et aux États-Unis, si tu n’as pas un groupe tu as l’air limite bizarre ! J’abordais la musique comme un chirurgien, cette approche ludique et quasi enfantine me manquait. Il me fallait fraîcheur et fantaisie pour regarder cet album droit dans les yeux.

En live à Londres, allez-vous porter plusieurs casquettes ?

Sur scène, je joue de la guitare électrique sur tous les morceaux et même parfois des claviers pour l’enregistrement entourée de mon groupe. Mon obsession de base était d’enregistrer l’album live comme dans les années 70. La joie du live c’est de s’amuser.

 

Propos recueillis par Solène Lanza

Le 27/04 à 19h30, Bush Hall,
310 Uxbridge Rd, W12 7LJ
Métro : Shepherd’s Bush Market. Prix : 15£.

 


 

I Like

Votre quartier préféré de Londres ?

J’ai un rapport un peu compliqué avec cette ville, j’y ai vécu toute mon enfance dans le quartier Chelsea/Kensington mais c’est maintenant une ville fantomatique pour moi.

Avec quel artiste britannique vous verriez-vous bien en duo ?

J’aime beaucoup King Krule qui m’a retournée musicalement ou des artistes que tu peux comprendre au bout d’une heure de concert.

Qu’est-ce que vous lisez actuellement ?

Sur l’idée d’une communauté de solitaires. Je suis très Pascal Quignard, c’est une merveille, le niveau d’érudition et de curiosité est tel qu’on a du mal à repartir vers une lecture plus légère.

 

 

 

 

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