BENJAMIN BIOLAY Bol d’airs à Buenos Aires
 INTERVIEW

BENJAMIN BIOLAY Bol d’airs à Buenos Aires

Qu’avez-vous découvert en Argentine ?

Benjamin Biolay : J’y vais depuis très longtemps et la réponse peut surprendre mais la première chose que j’ai découverte là-bas, c’est moi ! J’ai découvert que j’étais quelqu’un d’un peu plus latin que la moyenne des Français. Je ne suis pas né à Paris mais à Lyon. Et quand je vis à Paris, il y a quelque chose qui me plaît mais j’ai l’impression d’habiter dans un pays nordique, ce n’est pas totalement la vie que j’aime mener. Et en Argentine, je me sens un peu plus chez moi.

En terme de composition musicale, comment s’est passée l’immersion argentine ?

Les musiciens argentins sont très polyvalents et ceux qui ont entendu le plus de disques dans l’histoire. La radio argentine offre une programmation de rêve avec une sorte d’anti-folk et beaucoup de rock. Le premier titre qu’ils vont passer dans une soirée, c’est Blue Monday de New Order. Ils sont très pop. C’est le seul pays au monde où les gamins ont encore des T-Shirts des Ramones !

Que signifie la récurrence de Palermo sur votre album, est-ce votre quartier favori de la capitale argentine ?

Non, mon quartier est juste à côté, c’est Villa Crespo. C’est celui qu’on appelle bêtement Palermo Queens. Palermo c’est le plus grand quartier et celui où je résidais lorsqu’on enregistrait l’album. Il y a des moments on pourrait vraiment se croire à Londres. Et puis Palermo, ça sonne bien aux oreilles. (Sourires.) Il y a d’autres quartiers très connus à Bueno Aires comme San Telmo qui est tellement lié au tango !

Justement, vous êtes-vous inspiré de la mélancolie du tango ?

Le tango c’est quelque chose qui me ressemble. C’est une musique dansante même si cette danse évoque des situations souvent mélancoliques, de précarité ou de mort. Le tango c’est la première musique étrangère que j’ai connue. D’ailleurs, je remercie senor Pugliese à la fin de l’album. J’ai pu enregistrer dans le studio où il a inventé le tango orchestral. C’est un lieu où, encore au xxie siècle, les ingénieurs portent des blouses et où il n’y a pas d’ordinateur.

Pourquoi les clips Miss Miss et Palermo Queen se répondent-ils ?

Je voulais réaliser les clips sur place, en traitant avec une vraie équipe argentine.Sans devoir revenir tourner des scènes quelques mois après, ou alors pour des questions de budget aller dans le sud de l’Espagne avec des connards en sombreros ! En Argentine on n’en porte pas! Je voulais que les images ressemblent à ce que j’étais en train de faire, sans maquillage.

Pourquoi avoir convié Jorge Luis Borges sur votre album ?

A post mortem, il m’a acordé le droit d’utiliser sa voix dans Pas Sommeil. Le poème de l’auteur lu par lui-même c’est toujours merveilleux. J’adore son intelligence et son humour. Un jour, un journaliste a essayé de le faire sortir de ses gonds et lui a dit : ”C’est tout de même incroyable qu’un homme aussi brillant que vous veniez d’un pays où il y a encore des cannibales.” La réponse a été : “il n’y en a plus, on les a tous bouffés”. C’est la voix du patron là-bas, le père de la littérature argentine, il est incontournable.

Propos recueillis par Solène Lanza

Le livre que vous lisiez en enregistrement?

J’essaie d’être étanche à tout ce qui pourrait m’éloigner. Je regarde des photos, des films, mais pas de poème, pas de récit, pas de musique.

Les artistes britanniques que vous écoutiez ado?

J’étais carrément un freak total de la pop anglaise, les Beatles, les Smiths m’ont donné envie de faire de la musique. Comme XTC, Joe Jackson, Elvis Costello. Même James et Oasis. J’écoute toujours Stone Roses.

L’artiste britannique avec qui vous aimeriez collaborer ?

Peut-être avec Carl (Barat ndlr), quand il aura fini son come back avec les Libertines...

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