Jane Birkin, éternelle muse


La British préférée des Français rend un hommage à Serge Gainsbourg sur la scène de sa ville natale, Londres, accompagnée de musiciens japonais, jeudi 31 janvier, au Cadogan Hall.


Jane Birkin, éternelle muse

Vous avez dû repousser votre concert il y a quelques semaines pour raison de santé… Comment allez-vous ?

Super bien ! Du coup, j'ai eu trois mois de vacances, ce qui n'a pas dû m'arriver en douze ans. J'ai continué quand j'aurais dû l'arrêter, avec des antibiotiques dans les poches, j'étais tellement dans ma fierté de ne jamais annuler un concert... Heureusement, j'ai quand même pu rencontrer Aung Sang Su Ki après quinze ans de lutte, j'étais tellement heureuse, on m'a emmenée en fauteuil roulant. On reprend le 6 janvier, et puis je fais un film aux Etats-Unis, un film à Paris, je reprends Arabesque (NDLR : spectacle de reprises de gainsbourg aux couleurs andalouses et arabes) et je finis à Noël prochain... donc j'ai intérêt d'être en forme !

 

Qu'est-ce qui vous a décidée à proposer un nouvel hommage à Serge Gainsbourg ?

Parce que ça tombait pour les vingt ans de sa mort. Dès que les Japonais ont eu leur tsunami et désastre nucléaire, j'ai foncé dans leur direction. Je suis quand même allé avec Serge et sans Serge donc ça me semblait tout à fait normal et j'avais chanté un concert de soutien là-bas à Tokyo. Je n'ai pas eu le temps de répéter, j'étais juste soulagée que les gens connaissent quelques chansons. J'ai fait ce concert dans des supermarchés, j'ai essayé de trouver des sous et puis je suis rentrée. J'ai fait un autre concert mais cette fois-ci avec des artistes qui avaient très envie de faire des trucs pour le Japon comme Catherine Deneuve, Charlotte Rampling, comme ma fille Lou... on l'a fait au Chatelet, live sur France Inter. Tout le monde y était, c'était formidable, et tout était pour la Croix Rouge japonaise. Mon agent m'a dit : "T'as pas oublié que t'as six concerts à faire en Amérique pour la mort de Gainsbourg ?" J'avais complètement oublié. J'ai téléphoné à la femme qui s'est occupé du concert à Tokyo pour savoir le nom de ces musiciens avec qui j'étais. Il y avait notamment le pianiste qui me semblait très bien, je voulais savoir s'il était prêt à choisir une vingtaine de chansons, faire les orchestrations... C'était une façon de faire l'Amérique tout en rappelant le désastre japonais. C'est exactement ce qu'on a fait et c'était un vrai succès partout où on est allé. Avec Arabesque, je pense que c'est ce que j'ai vécu de mieux. Après on a fait six ou sept dates en Australie, on a enregistré en Corée du Sud. En rentrant j'ai commencé à être malade mais j'ai continué jusqu'à Madrid et au Portugal, après ça je ne pouvais plus.  Le show était juste trop bon pour pas le faire du coup on fait le tour. Je me suis dit : c'est con de pas faire la salle Pleyel à Paris ou Londres, Dublin...

 

Est-ce un dernier hommage ?

Oh je ne dis jamais que c'est un dernier hommage, Arabesque aussi était un hommage... Mais là, c'est pour les vingt ans.... et puis c'est surtout le talent des musiciens japonais, c'était tellement excitant d'être avec eux, standing ovation partout... pour eux ! Parce que moi, je n'ai jamais beaucoup changé... Après tout le reste, les films aux Etats-Unis et en Angleterre où je vais devoir prendre un agent anglais pour tourner dans des feuilletons, tout cela m'amuse énormément.

 

Comment avez-vous choisi les chansons dans son vaste répertoire ?

Il fallait éviter celles que j'avais déjà faits pour Enfant d'hiver, deux ans avant... et surtout de trouver les idées. Avec la violoniste japonaise, on chante Comic Strip ensemble, elle est ravissante, c'est très inattendu et rigolo. C'est pas un hommage triste du tout ! Philippe a trouvé Les Amours perdus que je ne connaissais pas du tout, qui a été écrit il y a soixante ans. Et Melody Nelson que je n'ai jamais chanté. Plus, pour moi, les plus jolies versions des chansons de Prévert, les arrangements sont d'une délicatesse...

 

 

Pour reprendre Gainsbourg, vous avez commencé par vous adjoindre les services d'autres artistes, puis vous lui avez donné d'autres couleurs avec Arabesque... Vous êtes-vous en quelque sorte affranchie ?

Arabesque est très spécial pour moi, ça m'a emmenée dans le monde entier pendant à peu près dix ans et aujourd'hui on recommence tellement c'est bon. Avec Jamel (NDLR : Benyelles, violoniste algérien qui a arrangé les chansons de Gainsbourg), on aurait du mal à se débarrasser d'Arabesque. Mais pour moi, celui-là a une certaine délicatesse d'orchestration, pour moi c'est ce qu'il y a de plus réussi à part Arabesque. L'excuse est toujours magnifique d'avoir les chansons de Serge, ça me fait balader dans le monde entier et pas toujours dans des endroits comme Paris et Londres, c'est intéressant de chanter aussi dans des endroits un peu troubles. J'ai chanté dans un hôpital récemment et il y a un centenaire qui me dit : "Mais vous êtes qui vous ?" "Je suis une chanteuse" "Ben chantez alors". Je commence à chanter Di dou da, c'était vraiment drôle. C'était à Haïti, tu payes toi-même ton billet, tu couches par terre, tu chantes dans les hôpitaux... J'aurais aimé être quelqu'un qui fait des pansements, je fais des sortes de pansements différents. J'y vais avec des chansons gaies de Serge dans des endroits tristes.

 

Vous vous êtes séparés en 1981 mais il vous a encore consacré beaucoup de chansons, vous-même lui avez rendu plusieurs hommages... Est-ce qu'on peut "sortir" de Serge ?

Avec difficulté. Il n'y a pas de raison de sortir de ça. En chanson, il est présent et pour les gens vous faites partie d'une histoire commune, ils aiment que vous chantiez Serge parce que ça le prolonge un peu. Il m'a fait un sacré cadeau de m'écrire jusqu'à son dernier disque Amours défuntes, il n'avait aucune raison de faire cela. Peut-être savait-il que combien je lui serait "fidèle". J'ai conscience des bijoux qu'il m'a donnés, je ne vais pas cracher dans la soupe !

 

Est-ce que vous appréhendez de venir jouer dans votre ville natale ?

Ça me fout une trouille inimaginable ! Un peu moins maintenant parce que mes références sont parties ; j'ai encore ma sœur qui est à la sortie de Londres et j'y étais encore le week-end dernier, mais Linda est tellement bienveillante, pas dans ce métier... ce n'est pas elle qui me fait peur. C'est à elle que je téléphone quand je suis en panique, ma mère aurait pu être critique parce qu'elle était actrice elle aussi. Il n'y a plus personne que je connais à Londres aujourd'hui, je suis un peu plus étrangère. Ça fait un peu moins peur. Les deux endroits qui font peur c'est Londres et Paris ; j'ai pas peur à Dublin, j'ai pas peur en Ecosse, à New York... mais il y a une vie anglaise qui me manque beaucoup, j'aime beaucoup le sens civique, les comédies à la télé... même si ma mère et mon père sont morts et mon frère est très loin... Londres reste Londres, un mélange de plaisir et de peur.

 

Vous revenez souvent ?

Oui je reviens souvent pour mon frère au Pays de Galle et pour ma sœur à la sortie de Londres mais j'évite les endroits trop tristes comme la maison de ma mère. 

 

Quels artistes ou personnalités britanniques appréciez-vous ?

Il y en a un paquet : David Attenborough, je regarde la BBC tous les soirs et John Simpson... je fais un peu les deux... Je regarde les Français et 21h je chope la BBC, c'est plus général, ça parle plus du monde entier. Les Anglais ont la chance d'avoir Stephen Fry, sans doute ma personnalité préférée. Avec ma sœur on a regardé un truc tellement drôle le week-end dernier, The Green Wing. Le week-end prochain j'emmène mes petits-enfants voir Mathilda ; j'ai booké nos allers retours avec l'Eurostar et je vais chercher un petit hôtel. Mais j'aime bien aller à Londres pour ne rien foutre du tout !

 

Vous vivez en France depuis plus de quarante-cinq ans si je ne me trompe pas. Vous sentez-vous anglaise ou française aujourd'hui ?

Je me sens étrangère et ce n'est pas déplaisant du tout. Quand je suis en Angleterre je me sens très étrangère. Quand je suis en France je me sens assez anglaise. Je râle pas mal mais je dis ce que je pense. Les Anglais sont parfois plus "frontal", avec leurs personnalités politiques par exemple. ça me semble très sain de faire ça, ça manque un peu en France. Par contre tu peux féliciter la France pour les hôpitaux publics, en comparaison avec l'Angleterre c'est une merveille. Les Jeux paralympiques, j'ai trouvé ça exemplaire : la reine était là, c'était complet, comme des Jeux olympiques normaux. Pour les Français, ça a créé un précédent : maintenant il faut que les handicapés soient partout. C'est une chance qu'aucune chaîne ne voulait diffuser en direct.

 

Propos recueillis par Amandine Jean


Par Amandine Jean le 08/01/2013 13:13:11

Il faut être membre pour poster des commentaires